3.5 km de populisme

journauxSi j’étais d’autant mauvaise foi statistique que l’UDC, je pourrais mettre en titre que dans un peu moins de 3 ans, il n’y aura plus de journaux gratuits. Depuis l’article il y a 6 ans environ sur mon ancien blog généreusement supprimé par la rédaction du matin, la hauteur de la pile quotidienne de gratuit s’est réduite d’environ 7.5km. Des 11km de l’époque, il n’en reste aujourd’hui que 3.5. En prolongeant le trend façon campagne UDC primaire, dans moins de 3 ans ils auront disparu – si seulement.

3.5km c’est en effet la hauteur de la tour que l’on obtiendrait en empilant chaque jours tous les torchons du matin (20 minutes) et du soir (Blick am Abend), toutes éditions confondues. Je pourrais vous parler des déchets, de leur élimination, de la surface de papier nécessaire et de la demi tonne d’agrafes. Je pourrais y rajouter les tonnes de gobelets en carton de café acheté à la hâte sur un quai de gare ou au minibar du train, sans oublier le cornet papier pour mettre le croissant. Mais pas aujourd’hui. Il semblerait d’ailleurs que chaque gratuit est « lu » par 2.5 personnes ce qui montre une efficience bien supérieure à celle des vrais journaux.

Les journaux gratuits de masse ont fait leur apparition en Suisse en 1999. Coïncidence ou pas, c’est depuis les élections fédérales de cette même année que l’UDC est devenue le parti avec le succès qu’on lui connaît. Le populisme puise ses électeurs dans les frustrations quotidiennes. Les frustrations s’entretiennent à coup de pseudo-évidences, de vérités incomplètes, de stigmatisations.

Dans les 3.5km de gratuits, il n’y a pas de nuances. Il y a des affirmations hors contexte, des faits choisis pour entretenir la frustration, des conventions de formulations volontairement stigmatisantes : avez-vous déjà remarqué qu’on met en gros titre la nationalité étrangère de l’auteur de tel ou tel acte criminel alors qu’on ne lit que son âge quelque part dans le texte s’il est citoyen suisse ?

La démocratie directe est un beau système politique, probablement le meilleur. Mais pour qu’il fonctionne, il nécessite un engagement de chacun, au minimum l’engagement de s’informer. Et c’est là que le bas blesse : quand les trois quarts des électeurs ne s’informent que dans les supports populistes, il n’est pas étonnant de voir les moutons voter comme ils le font. Sommes-nous devenus trop bête pour notre démocratie ? J’ose croire que non, mais certains ont appris plus vite que d’autres à profiter de notre soif de désinformation quotidienne. Je fais partie des autres 49%.

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